Wu Zetian (624 – 705)

Résumé rapide

Wu Zetian (624 – 705) est une impératrice consort figure majeure de l'histoire. Née à Lizhou, actuel Guangyuan (Sichuan, Chine), Wu Zetian a marqué son époque par seule femme de l'histoire chinoise à avoir régné avec le titre d'empereur (huangdi), de 690 à 705.

Lecture: 12 min • Mis à jour: 28/09/2026
Portrait de Wu Zetian, seule femme à avoir régné sur la Chine avec le titre d'empereur, représentée assise en robe de cour et coiffe impériale des Tang.
À la une

Naissance

624 Lizhou, actuel Guangyuan (Sichuan, Chine)

Décès

16 décembre 705 Palais de Shangyang, Luoyang (Henan, Chine)

Nationalité

Chinoise (Tang, puis Zhou)

Occupations

Impératrice consort Régente Empereur de Chine Femme d'État

Biographie complète

Une Fille de la Noblesse Neuve

Wu Zhao naît en 624, la septième année du règne de Gaozu, fondateur des Tang. Son père, Wu Shiyue, était marchand de bois dans le Shanxi avant de rejoindre Li Yuan pendant la révolte qui emporta les Sui ; il finit gouverneur de province et titré. Cette fortune récente pèse sur toute la carrière de sa fille : la maison Wu n'appartient pas aux grands clans du Nord-Ouest qui monopolisent les charges, et les historiens des Tang ne cesseront de le lui rappeler. Le lieu de naissance est discuté — Lizhou, aujourd'hui Guangyuan au Sichuan, où son père était en poste, contre Wenshui, le berceau familial du Bingzhou. Sa mère, née Yang, appartenait à une famille alliée à la dynastie déchue des Sui et lui fit donner une instruction rare pour une fille : lecture des classiques, calligraphie, musique. Wu Shiyue meurt en 635 ; les fils d'un premier lit traitent durement la veuve et ses filles. Deux ans plus tard, à treize ou quatorze ans, Wu Zhao entre au palais de Chang'an comme cairen, « dame de talent », cinquième rang parmi les concubines de l'empereur Taizong.

Du Harem de Taizong au Monastere

Des douze années passées auprès de Taizong, on ne sait presque rien de sûr. Elle n'eut pas d'enfant, ne monta pas en rang, et les annales ne retiennent qu'une anecdote qu'elle raconta elle-même beaucoup plus tard : un cheval que personne ne domptait, et sa réponse — le fouet, la masse, le poignard. Taizong lui aurait donné le surnom de Meiniang. Le reste est reconstruction tardive. Ce qui est établi, c'est la règle : à la mort de l'empereur, en 649, les concubines sans descendance quittaient le palais pour un couvent. Wu Zhao fut tonsurée au monastère de Ganye, près de Chang'an. Elle avait vingt-cinq ans et, selon toute logique institutionnelle, sa vie publique était finie. Elle ne le resta pas longtemps. Le nouvel empereur, Gaozong, neuvième fils de Taizong, l'aurait remarquée avant la mort de son père — le détail vient de sources hostiles, qui y voient une faute contre la piété filiale, et il est invérifiable. Vers 651 ou 652, il la fit revenir au palais ; l'impératrice Wang, sans enfant, aurait même favorisé ce retour pour affaiblir une rivale.

L Ascension Aupres de Gaozong

En quatre ans, Wu Zhao passe du rang de concubine à celui d'impératrice. Elle donne à Gaozong un fils en 652, Li Hong, puis trois autres enfants, et obtient en 654 le titre de zhaoyi, le plus élevé après celui d'impératrice. L'année suivante, l'impératrice Wang et la concubine Xiao sont accusées de sorcellerie et de tentative d'empoisonnement ; déposées, emprisonnées, elles meurent au palais. Le récit détaillé de cette accusation vient du Zizhi tongjian, rédigé quatre siècles plus tard par un lettré qui tenait le règne de Wu pour une monstruosité : la mécanique du complot s'y lit comme un roman, et il faut la traiter comme telle. Ce qui est vérifiable est politique. La promotion de Wu Zhao en 655 se fit contre l'avis des ministres hérités de Taizong. Chu Suiliang, qui s'y opposa en audience, fut exilé à l'extrême sud de l'empire et y mourut. Zhangsun Wuji, oncle de l'empereur et premier personnage de l'État, fut écarté en 659, accusé de trahison, contraint au suicide. Avec eux tomba le groupe aristocratique qui avait fait les deux premiers règnes tang.

Le Gouvernement Derriere le Rideau

Gaozong régna trente-quatre ans, mais sa santé se dégrada tôt : une attaque, vers 660, le laissa diminué. À partir de là, l'impératrice expédie les affaires. Les chroniques la montrent lisant les rapports, tranchant les nominations, siégeant derrière un rideau pendant les audiences. En 664, l'empereur envisagea de la déposer sur le conseil du chancelier Shangguan Yi ; elle apprit le projet, obtint son exécution, et le rideau ne fut plus levé. En 666, elle prit part aux sacrifices du Fengshan au mont Tai, la cérémonie la plus haute de la religion impériale, en officiant elle-même pour la seconde libation : une innovation liturgique sans précédent pour une femme. En 674, le couple adopta de nouveaux titres, Gaozong devenant Tianhuang, empereur céleste, et elle Tianhou, impératrice céleste. Ses fils, eux, ne durèrent pas. L'héritier Li Hong mourut brusquement en 675, à vingt-trois ans ; les sources tardives parlent d'empoisonnement, les travaux modernes rappellent la maladie pulmonaire dont il souffrait. Son successeur Li Xian fut déposé en 680 pour complot, exilé, puis contraint au suicide en 684.

La Regence et les Deux Fils Deposes

Gaozong meurt en décembre 683. Son fils Li Zhe monte sur le trône sous le nom de Zhongzong ; six semaines plus tard, sa mère le dépose pour avoir voulu donner une charge d'État au père de son épouse, et le remplace par le cadet, Ruizong, qui règne sans gouverner et n'est même pas admis à siéger. La régence est ouverte. En 684, Li Jingye lève une armée à Yangzhou ; le manifeste rédigé pour lui par le poète Luo Binwang, qui énumère les crimes de l'usurpatrice, est resté un morceau classique de la prose chinoise. La révolte est écrasée en six semaines. Suit ce que l'historiographie appelle la terreur : un système de dénonciation par boîtes de cuivre installées à la cour, des juges d'exception dont le plus connu, Lai Junchen, laissa un traité sur l'art d'extorquer des aveux, et l'élimination d'une grande partie des princes du sang en 688. La nature répressive du régime ne prête pas à discussion ; l'ampleur exacte des exécutions, rapportée par des annales écrites par le camp vaincu, reste débattue.

L Empire Zhou et la Legitimation Bouddhique

En octobre 690, après une campagne de pétitions orchestrées, Wu Zhao dépose Ruizong et monte elle-même sur le trône, non comme régente ni comme impératrice mais comme huangdi — empereur. Elle prend le nom de Shengshen Huangdi, « souverain sacré et divin », et remplace les Tang par une dynastie nouvelle, les Zhou, du nom de la maison antique dont son clan se disait issu. Luoyang, préférée à Chang'an, devient Shendu, la Capitale divine. La légitimation ne pouvait venir du confucianisme, qui n'offrait aucune place à une femme souveraine : elle vint du bouddhisme. Un passage du Sûtra du Grand Nuage, réinterprété à point nommé par le moine Xue Huaiyi, annonçait la venue d'une souveraine universelle ; le commentaire fut diffusé dans tout l'empire. Elle fit bâtir à Luoyang le Mingtang, salle de l'Illumination, haute de près de quatre-vingt-dix mètres, détruite par un incendie en 695 et aussitôt reconstruite. Une inscription de Longmen atteste qu'elle avait financé sur sa cassette personnelle, vingt mille ligatures de sapèques, le grand Bouddha de Fengxian achevé en 675. Elle fit aussi créer une dizaine de caractères nouveaux, dont celui qui servit à écrire son nom.

Les Examens le Personnel et les Frontieres

Le régime tint quinze ans, ce qui suppose une administration. Wu Zhao élargit le recrutement par concours : davantage de lauréats du jinshi, une épreuve passée devant le souverain en personne — l'ancêtre de l'examen de palais —, l'admission de candidats se recommandant eux-mêmes, et des postes ouverts à des lettrés de petite gentry que les grands clans n'auraient jamais cooptés. Le corollaire est qu'elle se constitua un personnel qui ne devait rien qu'à elle. Certains de ces hommes furent remarquables : Di Renjie, magistrat puis chancelier, assez écouté pour la convaincre en 698 de rappeler Zhongzong comme héritier plutôt que d'installer un neveu Wu ; Lou Shide, qui organisa les colonies militaires du Nord-Ouest ; Wei Yuanzhong, qui lui tint tête en audience. Aux frontières, le bilan est mêlé. Les Quatre Garnisons d'Anxi, perdues au profit du Tibet en 670, furent reconquises en 692 par Wang Xiaojie, rétablissant le contrôle du bassin du Tarim pour un demi-siècle. En revanche le second khaganat turc se reconstitua sans qu'elle puisse l'empêcher, et la révolte khitan de 696-697 coûta plusieurs armées.

La Chute et la Stele Sans Inscription

Les dernières années sont celles de deux frères, Zhang Yizhi et Zhang Changzong, favoris qu'elle installa au centre du palais et dont la cour ne put obtenir l'éloignement. En février 705, la souveraine étant malade, une conjuration de hauts fonctionnaires menée par Zhang Jianzhi fit tuer les deux frères et obtint son abdication. Zhongzong, écarté vingt ans plus tôt, remonta sur le trône ; la dynastie Zhou disparut avec elle. Wu Zhao mourut le 16 décembre 705, à quatre-vingt-un ans, au palais de Shangyang. Son dernier acte fut de renoncer au titre d'empereur : elle demanda à être appelée impératrice Zetian Dasheng, à être inhumée auprès de Gaozong, et fit gracier les familles de l'impératrice Wang, de Xiao Shufei et de Zhangsun Wuji. Elle repose au Qianling, le seul mausolée chinois abritant deux souverains. Devant lui se dresse une stèle de plus de sept mètres restée vierge de toute inscription ; on ignore qui la fit dresser, et aucune source contemporaine ne dit pourquoi elle n'a jamais été gravée.

Réalisations et héritage

Principales réalisations

  • Seule femme de l'histoire chinoise à avoir régné avec le titre d'empereur (huangdi), de 690 à 705
  • Fondation de la dynastie Zhou en 690 et transfert de la capitale à Luoyang, renommée Shendu
  • Élargissement du recrutement par concours : épreuve devant le souverain, candidature spontanée, promotion de lettrés hors des grands clans
  • Reconquête des Quatre Garnisons d'Anxi en 692, rétablissant le contrôle du bassin du Tarim
  • Grands chantiers bouddhiques de Luoyang, dont le Mingtang, et financement personnel attesté du Bouddha de Fengxian à Longmen
  • Cinquante ans de gouvernement effectif sous trois statuts successifs : impératrice consort, régente, empereur

Héritage historique

Le règne de Wu Zhao a été écrit par ses adversaires. Le Jiu Tangshu, le Xin Tangshu et le Zizhi tongjian, rédigés entre deux et quatre siècles plus tard par des lettrés confucéens pour qui une femme sur le trône était une anomalie cosmique, fournissent à la fois presque toute la matière factuelle et le jugement qui l'accompagne : usurpation, cruauté, dérèglement. L'historiographie impériale a réglé le problème en traitant les quinze ans des Zhou comme un interrègne, rangé dans les annales des Tang. Le XXe siècle a inversé le signe sans changer la méthode : la Chine des années 1960 en a fait une héroïne anti-aristocratique, et la pièce de Guo Moruo une réformatrice, portrait aussi instrumental que le précédent. Les travaux récents — R. W. L. Guisso sur les procédés de légitimation, N. Harry Rothschild sur ses réseaux, l'Histoire de la Chine de Cambridge sur l'administration — déplacent la question : moins juger le personnage que mesurer ce que son règne a déplacé, l'affaiblissement durable des grands clans du Nord-Ouest et l'ouverture du concours, que les Tang restaurés n'ont pas défaite.

Chronologie détaillée

Événements majeurs

624

Naissance dans une famille récemment anoblie

Son père Wu Shiyue, ancien marchand de bois, s'était rallié au fondateur des Tang.

637

Entrée au palais de Taizong

À treize ou quatorze ans, comme cairen, cinquième rang des concubines impériales.

649

Mort de Taizong et retraite au monastère de Ganye

Sans descendance, elle est tonsurée selon la règle appliquée aux concubines sans enfant.

655

Élévation au rang d'impératrice

L'impératrice Wang est déposée pour sorcellerie ; Chu Suiliang, qui s'y opposait, est exilé.

659

Chute de Zhangsun Wuji

L'oncle de l'empereur, premier personnage de l'État, est accusé de trahison et contraint au suicide.

666

Sacrifices du Fengshan au mont Tai

Elle officie pour la seconde libation, ce qu'aucune femme n'avait fait dans ce rite.

674

Titre de Tianhou, impératrice céleste

Gaozong prend celui de Tianhuang : le couple se place au-dessus des titres ordinaires.

683

Mort de Gaozong et début de la régence

Zhongzong est déposé six semaines après son avènement, Ruizong règne sans gouverner.

690

Proclamation de la dynastie Zhou

Elle monte sur le trône comme Shengshen Huangdi et fait de Luoyang la Capitale divine.

698

Rétablissement de Zhongzong comme héritier

Di Renjie la convainc de préférer son fils à un neveu Wu : le retour des Tang est assuré.

705

Déposition et mort

Une conjuration tue les frères Zhang en février ; elle meurt le 16 décembre au palais de Shangyang.

Chronologie géographique

Citations célèbres

« S'il ne cède pas au fouet, frappe-le de la masse ; s'il ne cède toujours pas, tranche-lui la gorge avec le poignard. » — sur le dressage d'un cheval rétif, propos qu'elle rapporta elle-même devant ses ministres selon le Zizhi tongjian.

— Wu Zetian

« Qu'on me retire le titre d'empereur et qu'on m'appelle impératrice Zetian Dasheng. » — dernière volonté consignée par le Jiu Tangshu, assortie de la grâce accordée aux familles de l'impératrice Wang, de Xiao Shufei et de Zhangsun Wuji.

— Wu Zetian

Questions fréquentes

La seule femme à avoir régné sur la Chine avec le titre d'empereur (624-705). Concubine de Taizong, puis impératrice de Gaozong à partir de 655, elle gouverna de fait pendant la maladie de son mari, assura la régence à sa mort en 683, déposa deux de ses propres fils et fonda en 690 la dynastie Zhou, qu'elle dirigea quinze ans depuis Luoyang.

Les deux, successivement. De 655 à 683, elle fut impératrice consort (huanghou) de Gaozong ; de 690 à 705, elle porta le titre de huangdi, celui des empereurs régnants, et aucune autre femme ne l'a porté dans l'histoire chinoise. C'est cette distinction que le français rend mal : « impératrice » désigne d'ordinaire l'épouse du souverain, pas le souverain lui-même.

En partie, et les degrés de certitude diffèrent. Li Xian, déposé en 680, fut contraint au suicide en 684 sur son ordre : le fait est établi. Pour l'héritier Li Hong, mort brusquement en 675 à vingt-trois ans, l'empoisonnement n'est allégué que par des sources postérieures de plusieurs siècles, et la maladie pulmonaire dont il souffrait suffit à expliquer sa mort. Les deux derniers, Zhongzong et Ruizong, furent déposés mais survécurent et régnèrent après elle.

Une dynastie fondée par elle seule en 690 et éteinte avec son abdication en 705. Elle en emprunta le nom à la maison royale antique dont son clan se disait issu, installa sa capitale à Luoyang rebaptisée Shendu, et chercha sa légitimité dans le bouddhisme plutôt que dans le confucianisme, qui n'offrait aucun modèle de souveraine. L'historiographie chinoise la traite comme une parenthèse et la range dans les annales des Tang.

On ne sait pas. Une stèle de plus de sept mètres se dresse devant le mausolée de Qianling, où elle est inhumée avec Gaozong, et elle n'a jamais été gravée. Les explications avancées — volonté de la défunte, embarras de son fils Zhongzong, impossibilité de louer un règne que la dynastie restaurée venait d'abolir — sont toutes des conjectures postérieures. Aucune source contemporaine n'en donne la raison.

Sources et bibliographie

Sources primaires

  • Jiu Tangshu (Ancien Livre des Tang), livres 6 et 183
  • Xin Tangshu (Nouveau Livre des Tang), livres 4 et 76
  • Sima Guang, Zizhi tongjian, livres 199 à 208

Sources secondaires

  • R. W. L. Guisso, Wu Tse-t'ien and the Politics of Legitimation in T'ang China
  • N. Harry Rothschild, Wu Zhao: China's Only Woman Emperor
  • Denis Twitchett (dir.), The Cambridge History of China, vol. 3 : Sui and T'ang China, 589-906

Voir aussi