Akbar (1542 – 1605)

Résumé rapide

Akbar (1542 – 1605) est un empereur figure majeure de l'histoire. Né à Umarkot, Sind (Pakistan actuel), Akbar a marqué son époque par restauration de l'empire moghol après panipat (1556) et extension de kaboul au golfe du bengale.

Lecture: 10 min • Mis à jour: 26/09/2026
Portrait peint de l'empereur moghol Akbar de profil, coiffé d'un turban orné de pierres et vêtu d'une robe claire, dans la manière de l'atelier impérial qu'il fonda à Fatehpur Sikri.
À la une

Naissance

15 octobre 1542 Umarkot, Sind (Pakistan actuel)

Décès

27 octobre 1605 Agra, empire moghol (Inde actuelle)

Nationalité

Moghole

Occupations

Empereur Chef militaire Réformateur administratif Mécène

Biographie complète

Un Enfant Ne Dans la Fuite

Akbar naît le 15 octobre 1542 à Umarkot, une forteresse rajpoute du désert du Sind, au plus bas de l'histoire de sa famille. Son père Humâyûn, fils de Bâbur, a perdu l'Hindoustan deux ans plus tôt face à Sher Shah Sûrî, à Chausa puis à Kannauj, et fuit vers l'ouest avec une escorte réduite. L'enfant est laissé en arrière, confié à ses oncles paternels à Kandahar puis à Kaboul, tandis que Humâyûn gagne la cour safavide chercher des troupes. Akbar ne retrouve son père qu'en 1545, et grandit dans une maison princière où l'on manie l'arc, le cheval et l'éléphant plus volontiers que le calame : malgré les précepteurs qu'on lui impose, il n'apprendra jamais à lire. Humâyûn reprend Delhi à l'été 1555 et meurt en janvier 1556, tombé de l'escalier de sa bibliothèque. Akbar a treize ans, se trouve au Pendjab en campagne, et hérite d'un royaume qui tient à quelques garnisons.

Treize Ans et Un Trone A Reprendre

Il est intronisé le 14 février 1556 à Kalanaur, sur une estrade de fortune, sous la régence de Bairam Khan. Quelques mois plus tard, Hemu, général du prétendant sûr, prend Delhi et Agra et se proclame souverain. Contre l'avis de ceux qui conseillent de se replier sur Kaboul, Bairam Khan marche : le 5 novembre 1556, à Panipat, Hemu est blessé d'une flèche au visage, capturé et tué, et les deux capitales repassent aux Moghols. La suite est l'apprentissage du pouvoir personnel. En 1560, Akbar écarte Bairam Khan, devenu encombrant ; le régent part pour La Mecque et est assassiné au Gujarat l'année suivante. En 1562, quand Adham Khan, fils de sa nourrice, poignarde le premier ministre Ataga Khan dans le palais même, Akbar le fait jeter du rempart. À dix-neuf ans, il gouverne seul. Il abolit la taxe de pèlerinage en 1563, la jizya sur les non-musulmans en 1564, et interdit de réduire en esclavage les familles des vaincus.

Les Rajpoutes Entre Alliance et Massacre

La politique rajpoute d'Akbar tient en deux gestes contradictoires, et il faut les tenir ensemble. En 1562, il épouse la fille du râja Bharmal d'Amber : la princesse — que la légende tardive appellera Jodha Bai, sans appui dans les sources — n'est pas contrainte de se convertir, et son père, son frère et son neveu Man Singh entrent au service impérial, où ils commanderont des armées. Le modèle se répète d'une maison rajpoute à l'autre : l'alliance matrimoniale vaut incorporation, non soumission. Mais Chittorgarh, assiégée d'octobre 1567 à février 1568, montre l'autre visage. La place tombée, Akbar ordonne le massacre de la population : Abû'l-Fazl, son propre chroniqueur, avance le chiffre de trente mille morts. Ranthambore et Kalinjar cèdent en 1569. Le Mewar, lui, ne cède pas : le 18 juin 1576 à Haldighati, l'armée impériale de Man Singh l'emporte tactiquement, mais le râna Pratap s'échappe et résiste jusqu'à sa mort en 1597.

Un Empire du Kaboul au Bengale

L'expansion suit une logique de ressources autant que de prestige. Le Gujarat, conquis en 1572-1573 avec le siège de Surat, donne à l'empire ses premiers ports sur la mer d'Oman : la route du Hajj, le commerce de l'océan Indien et les douanes qui vont avec. Le Buland Darwaza de Fatehpur Sikri commémore cette campagne. Le Bengale suit, après la bataille de Tukaroi en 1575 et l'annexion de 1576, avec ses rizières et ses textiles. En 1581, Akbar marche sur Kaboul contre son demi-frère Mirzâ Hakîm ; à la mort de celui-ci en 1585, la ville entre dans l'empire. Le Cachemire est annexé en 1586, le Sind en 1591, l'Orissa en 1592, Kandahar en 1595, cédée par son gouverneur safavide. Les dernières années sont occupées par le Deccan : Ahmadnagar est assiégée en 1595-1596, Asirgarh tombe en janvier 1601, le Khandesh et le Berar sont annexés. L'empire s'étend alors de Kaboul au golfe du Bengale.

Le Mansab et le Revenu de la Terre

Ce qui distingue Akbar des conquérants qui l'ont précédé en Inde du Nord, c'est l'appareil qu'il laisse derrière lui. Les officiers reçoivent un mansab, un rang chiffré, exprimé à partir des années 1590 en deux nombres : le zat, qui fixe le traitement, et le sawar, le nombre de cavaliers à entretenir. Ils sont rémunérés par l'assignation du revenu d'un district, le jâgîr, non par une terre héréditaire, et ces assignations sont régulièrement déplacées — ce qui empêche la formation de dynasties locales. Côté revenu, après des expériences coûteuses, le règlement dahsala de 1580, conduit par le râja Todar Mal, fixe la demande de l'État à environ un tiers de la récolte, calculée à partir de moyennes décennales de rendements et de prix, en numéraire, au bigha, selon un barème propre à chaque localité. L'Âîn-i Akbarî d'Abû'l-Fazl, achevé en 1598, en consigne le détail : aucun État du XVIe siècle ne s'est décrit avec cette précision.

L Ibadat Khana et le Sulh I Kull

En 1575, Akbar fait bâtir à Fatehpur Sikri une Ibâdat Khâna, « maison du culte », d'abord réservée aux docteurs sunnites. Les disputes y tournent si mal qu'à partir de 1578 il ouvre la salle aux chiites, aux soufis, aux brahmanes, au maître jaïn Hîravijaya Sûri, au dastur zoroastrien Meherji Rana, puis aux jésuites venus de Goa en 1580, Rodolfo Acquaviva et Antonio Monserrate. En 1579, un mahzar rédigé par Shaikh Mubârak et signé par les principaux ulémas lui reconnaît le droit d'arbitrer entre avis juridiques divergents : la rupture avec l'establishment religieux est consommée, et une révolte éclate au Bengale et au Bihar en 1580-1581, appuyée par une fatwa. À partir de 1582, quelques dizaines de proches se lient à l'empereur par ce que ses contemporains nomment tawhîd-i ilâhî. L'expression « Dîn-i Ilâhî » et l'idée d'une religion nouvelle sont des lectures postérieures, que les historiens discutent encore ; le principe de gouvernement, lui, est nommé : sulh-i kull, la concorde générale.

Un Empereur Illettre et Son Atelier

Akbar ne sait pas lire, et cela n'entrave rien : on lui fait la lecture chaque jour, et ses chroniqueurs chiffrent sa bibliothèque à plus de vingt mille volumes. Son atelier de traduction, le maktab khâna, fait passer en persan le Mahâbhârata — le Razmnâma, entre 1582 et 1586 —, le Râmâyana, dont la traduction est imposée à Badâ'ûnî qui la déteste et le dit dans sa chronique, et les mémoires turcs de Bâbur, rendus en persan par Abdul Rahîm en 1589. L'atelier de peinture produit le Hamzanâma, quelque quatorze cents grandes compositions sur toile dont deux cents environ subsistent : composition persane, couleur indienne, perspective apprise des gravures apportées par les jésuites. Tansen chante à la cour à partir de 1562. Fatehpur Sikri est bâtie en grès rouge à partir de 1571 — mosquée, tombeau de Salîm Chishtî, Buland Darwaza, pilier central du Dîwân-i Khâs — puis abandonnée vers 1585, quand la cour part pour Lahore.

La Succession et la Mort A Agra

La fin du règne est une affaire de famille. Des trois fils qui atteignent l'âge d'homme, Murâd meurt en 1599 et Dâniyâl en 1605, tous deux de l'alcool ; Salîm, né en 1569, se révolte contre son père à partir de 1600 et fait assassiner Abû'l-Fazl en 1602, tué en route par Bîr Singh Deo Bundela. Le père et le fils se réconcilient tard, et mal. Akbar meurt à Agra le 27 octobre 1605, après une dysenterie, au terme de quarante-neuf ans de règne ; il est enterré à Sikandra, dans un mausolée achevé sous Jahângîr, le nom de règne que prend Salîm. Ce qu'il laisse n'est pas seulement une frontière : c'est un État composite, dont l'assiette fiscale servira encore de référence à l'administration britannique, et une doctrine de la concorde que l'Inde contemporaine invoque ou contredit selon les camps. Chittorgarh et le Deccan restent dans le dossier : le même règne porte l'Ibâdat Khâna et un massacre.

Réalisations et héritage

Principales réalisations

  • Restauration de l'empire moghol après Panipat (1556) et extension de Kaboul au golfe du Bengale
  • Abolition de la taxe de pèlerinage (1563) et de la jizya sur les non-musulmans (1564)
  • Intégration des maisons rajpoutes à la noblesse impériale par alliance plutôt que par conversion
  • Création du système des mansab, rangs chiffrés dissociant le commandement de la propriété foncière
  • Règlement fiscal dahsala de 1580, base de l'assiette agraire indienne pour trois siècles
  • Ouverture de l'Ibâdat Khâna (1575) et politique de concorde générale, le sulh-i kull
  • Atelier impérial de peinture et de traduction : Hamzanâma, Razmnâma, Bâburnâma en persan

Héritage historique

Akbar laisse moins une frontière qu'une machine d'État. Le mansab, qui dissocie le grade de la terre, et le règlement dahsala de 1580, qui assied l'impôt sur des moyennes de rendements et de prix, tiennent l'empire moghol pendant un siècle et demi et servent encore de référence aux administrateurs britanniques du XVIIIe siècle. L'Âîn-i Akbarî en conserve le détail chiffré, ce qui fait du règne l'un des mieux documentés de l'Asie du XVIe siècle. Sa politique de concorde générale, le sulh-i kull, est aujourd'hui un enjeu politique en Inde : invoquée comme racine indigène du sécularisme, contestée par l'historiographie nationaliste. Le dossier reste double, et il faut le lire entier : le souverain qui ouvre l'Ibâdat Khâna aux brahmanes, aux jaïns et aux jésuites est aussi celui qui fait massacrer Chittorgarh en 1568.

Chronologie détaillée

Événements majeurs

1542

Naissance à Umarkot

15 octobre, dans le Sind, pendant la fuite de son père Humâyûn.

1556

Intronisation à Kalanaur

14 février, à treize ans, sous la régence de Bairam Khan.

1556

Deuxième bataille de Panipat

5 novembre : Hemu est vaincu, Delhi et Agra reviennent aux Moghols.

1560

Renvoi de Bairam Khan

Akbar prend le pouvoir personnel ; le régent meurt assassiné l'année suivante.

1564

Abolition de la jizya

L'impôt sur les non-musulmans est supprimé, après la taxe de pèlerinage en 1563.

1568

Chute de Chittorgarh

Février : la place rajpoute tombe, suivie du massacre de ses habitants.

1573

Conquête du Gujarat

L'empire atteint la mer d'Oman ; le Buland Darwaza commémore la campagne.

1575

Ouverture de l'Ibâdat Khâna

Salle de débat religieux à Fatehpur Sikri, élargie aux autres confessions dès 1578.

1579

Mahzar des ulémas

Akbar obtient le droit d'arbitrer entre avis juridiques divergents.

1580

Règlement dahsala

Todar Mal fixe l'impôt foncier sur des moyennes décennales de rendements et de prix.

1586

Annexion du Cachemire

Suivie du Sind en 1591, de l'Orissa en 1592 et de Kandahar en 1595.

1598

Achèvement de l'Âîn-i Akbarî

Abû'l-Fazl consigne l'administration, les revenus et les usages de l'empire.

1601

Prise d'Asirgarh

Janvier : le Khandesh et le Berar sont annexés au terme des campagnes du Deccan.

1605

Mort à Agra

27 octobre, après quarante-neuf ans de règne ; tombeau à Sikandra.

Chronologie géographique

Citations célèbres

« Autrefois je persécutais les hommes pour les faire entrer dans ma foi, et je tenais cela pour l'islam. À mesure que le savoir m'est venu, la honte m'a saisi. » — paroles attribuées à Akbar dans le recueil de sentences qu'Abû'l-Fazl place à la fin de l'Âîn-i Akbarî.

— Akbar

« Jésus, fils de Marie, a dit : le monde est un pont, passe dessus, mais n'y bâtis pas ta maison. » — inscription qu'Akbar fait graver sur le Buland Darwaza de Fatehpur Sikri, après la conquête du Gujarat.

— Akbar

Questions fréquentes

Akbar (1542-1605) fut le troisième empereur moghol, petit-fils de Bâbur. Monté sur le trône à treize ans en 1556, il régna quarante-neuf ans, porta l'empire de Kaboul au golfe du Bengale, et bâtit l'appareil fiscal et militaire qui fera tenir l'État moghol bien après lui.

Né le 15 octobre 1542 à Umarkot, dans le Sind, pendant la fuite de son père Humâyûn ; mort à Agra le 27 octobre 1605, à soixante-trois ans. Il est enterré à Sikandra, près d'Agra, dans un mausolée achevé sous le règne de son fils Jahângîr.

À partir de 1582, quelques dizaines de proches se lièrent personnellement à l'empereur par ce que ses contemporains appelaient tawhîd-i ilâhî. Le nom « Dîn-i Ilâhî » et l'idée d'une religion nouvelle viennent d'auteurs postérieurs ; les historiens discutent encore s'il faut y voir une religion, un ordre de cour ou un serment de fidélité.

Non. Malgré les précepteurs de son enfance, il n'apprit jamais à lire. On lui faisait la lecture à voix haute, et il entretenait une bibliothèque que ses chroniqueurs chiffrent à plus de vingt mille volumes, ainsi qu'un bureau de traduction du sanskrit et du turc vers le persan.

La cour quitte la ville vers 1585 pour Lahore, d'où Akbar surveille la frontière du nord-ouest. L'insuffisance de l'approvisionnement en eau est l'explication la plus souvent avancée, mais elle reste discutée : le déplacement suit d'abord une nécessité militaire, et la capitale ne fut jamais rétablie à Sikri.

Sources et bibliographie

Sources primaires

  • Abû'l-Fazl 'Allâmî, Akbarnâma
  • Abû'l-Fazl 'Allâmî, Âîn-i Akbarî
  • 'Abd al-Qâdir Badâ'ûnî, Muntakhab al-Tawârîkh
  • Antonio Monserrate, Mongolicae Legationis Commentarius

Sources secondaires

  • John F. Richards, The Mughal Empire (The New Cambridge History of India)
  • Irfan Habib, The Agrarian System of Mughal India, 1556-1707
  • Ira Mukhoty, Akbar: The Great Mughal

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