Simón Bolívar (1783 – 1830)

Résumé rapide

Simón Bolívar (1783 – 1830) est un chef militaire figure majeure de l'histoire. Né à Caracas, capitainerie générale du Venezuela, Simón Bolívar a marqué son époque par manifeste de carthagène (décembre 1812), diagnostic de l’échec fédéraliste qui fonde sa doctrine institutionnelle.

Lecture: 10 min • Mis à jour: 30/09/2026
Portrait de Simón Bolívar, libérateur de l’Amérique du Sud, représenté en uniforme militaire à col brodé et épaulettes, le visage tourné de trois quarts, d’après l’iconographie républicaine du début du XIXe siècle.
À la une

Naissance

24 juillet 1783 Caracas, capitainerie générale du Venezuela

Décès

17 décembre 1830 Santa Marta, Grande Colombie

Nationalité

Vénézuélienne

Occupations

Chef militaire Homme d’État Révolutionnaire Théoricien politique

Biographie complète

Une Fortune Creole et Une Enfance Orpheline

Simón José Antonio de la Santísima Trinidad Bolívar y Palacios naît le 24 juillet 1783 à Caracas, dans l’une des familles les plus riches de la capitainerie générale du Venezuela : terres à canne et à indigo, mines de cuivre à Aroa, esclaves. Son père, Juan Vicente Bolívar y Ponte, meurt alors qu’il a deux ans ; sa mère, María Concepción Palacios, alors qu’il en a neuf. Élevé par un oncle maternel peu attentif, il l’est surtout par Hipólita, esclave de la maison, dont il écrira beaucoup plus tard qu’elle fut « la seule mère » qu’il ait connue. Cette naissance importe pour la suite : Bolívar appartient à la strate créole qui détient la terre sans détenir les charges, réservées aux Espagnols de la péninsule. Sa fortune financera ses campagnes ; son statut expliquera la méfiance persistante des llaneros et des affranchis à son égard.

L Education Europeenne et le Serment du Monte Sacro

Deux précepteurs le forment à Caracas : Andrés Bello, futur grammairien et juriste de la République, et Simón Rodríguez, lecteur de Rousseau qui lui transmet les Lumières sous leur forme la plus politique. Envoyé en Espagne en 1799, il épouse à Madrid, en mai 1802, María Teresa Rodríguez del Toro ; elle meurt de la fièvre jaune à Caracas huit mois plus tard, et il ne se remariera jamais. Revenu en Europe de 1803 à 1807, il séjourne à Paris, assiste en mai 1805 à Milan au couronnement de Napoléon comme roi d’Italie, et lit. C’est de ce voyage que la tradition — reprise de Rodríguez lui-même, des décennies plus tard — fait dater le serment du Monte Sacro à Rome : la promesse de libérer l’Amérique espagnole. L’épisode n’est attesté que par ce récit tardif ; l’orientation qu’il résume, elle, est incontestable.

La Premiere Republique et Son Effondrement

L’occupation de l’Espagne par Napoléon prive les colonies de souverain légitime. Le 19 avril 1810, une junte de Caracas destitue le capitaine général : Bolívar, encore second rôle, part en mission diplomatique à Londres avec Bello pour y chercher une reconnaissance que le gouvernement britannique refuse. Le 5 juillet 1811, le congrès proclame l’indépendance. La Première République ne tient pas un an. Le tremblement de terre du 26 mars 1812, qui ravage les villes patriotes et que le clergé royaliste présente comme un châtiment, désorganise la défense ; Bolívar perd la place forte de Puerto Cabello dont il a la garde. Francisco de Miranda capitule en juillet. Bolívar participe alors à son arrestation et le laisse aux mains des Espagnols : Miranda mourra en captivité à Cadix, et cet épisode reste l’un des plus discutés de sa biographie.

Carthagene la Campagne Admirable et la Guerre A Mort

Réfugié à Carthagène, il publie en décembre 1812 le Manifeste de Carthagène : la République est tombée, écrit-il, par faiblesse institutionnelle — fédéralisme, milices sans discipline, refus d’un pouvoir exécutif fort. Le diagnostic gouvernera toute sa doctrine ultérieure. En 1813, il remonte des Andes vénézuéliennes vers Caracas dans la Campagne admirable, y entre le 6 août, et reçoit en octobre de la municipalité le titre de Libertador. Il a proclamé à Trujillo, le 15 juin, le décret de guerre à mort, qui promet la vie aux Espagnols ralliés et la mort aux neutres : une radicalisation assumée de la guerre civile, dont les deux camps useront. La Deuxième République s’effondre à son tour en 1814 devant les cavaliers de José Tomás Boves, qui rallient contre les propriétaires créoles les llaneros et les esclaves.

La Jamaique Haiti et le Tournant de 1816

Exilé à Kingston, il écrit le 6 septembre 1815 la Lettre de Jamaïque, le plus lucide de ses textes : l’indépendance est certaine, mais les anciennes colonies, privées de toute expérience du gouvernement, n’accéderont pas d’emblée à des républiques stables. Il y esquisse déjà l’idée d’une ligue américaine. Passé en Haïti, il obtient du président Alexandre Pétion navires, armes et imprimerie, contre l’engagement d’abolir l’esclavage dans les territoires libérés. De retour sur le continent, il proclame cette abolition à Carúpano le 2 juin 1816. L’application restera très partielle — le recrutement militaire des esclaves prime sur leur affranchissement, et l’abolition définitive n’intervient au Venezuela qu’en 1854 —, mais le calcul politique est acquis : la guerre ne sera gagnée qu’en cessant d’être celle des seuls créoles.

Angostura Boyaca Carabobo

Bolívar déplace alors la guerre là où l’Espagne est faible : le bassin de l’Orénoque. Depuis Angostura, il s’allie aux llaneros de José Antonio Páez, recrute des vétérans britanniques et irlandais des guerres napoléoniennes, et se dote d’un journal. Le 15 février 1819, son Discours d’Angostura propose une république centralisée à sénat héréditaire et « pouvoir moral » : un projet élitiste, souvent jugé contradictoire avec son propre combat. À la saison des pluies, il fait franchir à son armée les llanos inondés puis le páramo de Pisba, à plus de 3 500 mètres, et surgit sur le plateau de Bogota où on ne l’attend pas : Boyacá, le 7 août 1819, livre la Nouvelle-Grenade en une bataille. Le congrès d’Angostura crée la Grande Colombie le 17 décembre ; le congrès de Cúcuta lui donne en 1821 une constitution et fait de Bolívar le président, de Francisco de Paula Santander le vice-président. Carabobo, le 24 juin 1821, achève la libération du Venezuela.

Du Perou A la Bolivie et le Reve Continental

Antonio José de Sucre emporte Pichincha le 24 mai 1822 et rattache Quito à la Grande Colombie. En juillet, à Guayaquil, Bolívar rencontre José de San Martín : l’entretien se tient sans témoin, le libérateur du Sud abandonne la campagne du Pérou et part pour l’Europe. Bolívar la reprend. Junín, le 6 août 1824, puis Ayacucho, remportée par Sucre le 9 décembre, mettent fin à la domination espagnole sur le continent. Le Haut-Pérou se constitue en république indépendante le 6 août 1825 et prend son nom : la Bolivie. Il lui écrit une constitution à présidence viagère, dont il espère faire un modèle et qui alarme les républicains. Le congrès de Panama, convoqué en 1826 pour fédérer les jeunes États américains, réunit quatre délégations et n’aboutit à rien de ratifié. C’est l’apogée de son autorité et le début de son isolement.

La Dislocation et la Mort A Santa Marta

La Grande Colombie ne survit pas à ses distances ni à ses élites régionales. La convention d’Ocaña échoue en 1828 à réviser la constitution ; Bolívar assume en août des pouvoirs dictatoriaux, et échappe le 25 septembre à un attentat à Bogota. En 1830, le Venezuela puis l’Équateur font sécession ; il démissionne en avril. L’assassinat de Sucre, son héritier militaire, en juin, achève de ruiner ses perspectives. Tuberculeux, il meurt le 17 décembre 1830 près de Santa Marta, à quarante-sept ans, dans une propriété prêtée par un négociant espagnol, alors qu’il se préparait à s’embarquer pour l’exil. La phrase « j’ai labouré la mer », que la tradition lui attribue, condense un constat que ses derniers écrits formulent en effet. Ses restes sont ramenés à Caracas en 1842 et déposés au Panthéon national.

Réalisations et héritage

Principales réalisations

  • Manifeste de Carthagène (décembre 1812), diagnostic de l’échec fédéraliste qui fonde sa doctrine institutionnelle
  • Campagne admirable de 1813 et entrée à Caracas, qui lui vaut le titre de Libertador
  • Lettre de Jamaïque (6 septembre 1815), première analyse d’ensemble de l’avenir politique de l’Amérique espagnole
  • Traversée du páramo de Pisba et victoire de Boyacá (7 août 1819), qui libère la Nouvelle-Grenade en une bataille
  • Fondation de la Grande Colombie (17 décembre 1819) et victoire de Carabobo (24 juin 1821)
  • Campagne du Pérou : Junín (6 août 1824) et Ayacucho (9 décembre 1824), fin de la domination espagnole continentale
  • Création de la Bolivie (6 août 1825), seul État au monde à porter le nom de son libérateur

Héritage historique

Bolívar laisse des États et pas l’État qu’il voulait. Cinq républiques actuelles — Venezuela, Colombie, Équateur, Panama, Bolivie, et le Pérou pour partie — sortent de ses campagnes, mais la fédération continentale qu’il jugeait seule capable de tenir devant l’Europe et les États-Unis n’a jamais existé. De cet écart vient sa postérité équivoque : héros national dans six pays, il a été invoqué par des libéraux, des militaires, des socialistes et des conservateurs, chacun retenant de lui ce dont il avait besoin — le républicain de Cúcuta ou le dictateur de 1828. L’historiographie de langue anglaise et espagnole, de John Lynch à Marie Arana, s’emploie depuis les années 1980 à rendre au personnage ses contradictions : le propriétaire d’esclaves devenu abolitionniste par calcul autant que par conviction, le libérateur convaincu que les peuples qu’il libérait n’étaient pas prêts à se gouverner.

Chronologie détaillée

Événements majeurs

1783

Naissance à Caracas

Le 24 juillet, dans une riche famille créole de la capitainerie générale du Venezuela.

1799

Départ pour l’Espagne

Envoyé à Madrid pour y achever son éducation ; il y épouse María Teresa Rodríguez del Toro en 1802.

1805

Séjour européen et serment du Monte Sacro

Après le couronnement de Napoléon à Milan, le serment de libérer l’Amérique espagnole, rapporté plus tard par Simón Rodríguez.

1810

Junte de Caracas et mission à Londres

Le 19 avril, le capitaine général est destitué ; Bolívar part chercher à Londres une reconnaissance qu’il n’obtient pas.

1811

Indépendance du Venezuela

Le 5 juillet, le congrès proclame la Première République, qui ne durera pas un an.

1812

Chute de la Première République

Séisme du 26 mars, perte de Puerto Cabello, capitulation de Miranda ; Manifeste de Carthagène en décembre.

1813

Campagne admirable et titre de Libertador

Entrée à Caracas le 6 août, après le décret de guerre à mort proclamé à Trujillo le 15 juin.

1815

Lettre de Jamaïque

Le 6 septembre, à Kingston : l’indépendance est certaine, la stabilité républicaine ne l’est pas.

1819

Boyacá et Grande Colombie

Discours d’Angostura le 15 février, victoire de Boyacá le 7 août, création de la Grande Colombie le 17 décembre.

1821

Carabobo

Le 24 juin, la bataille qui achève la libération du Venezuela ; constitution de Cúcuta la même année.

1824

Junín et Ayacucho

Le 6 août puis le 9 décembre, les deux victoires qui mettent fin à la domination espagnole sur le continent.

1825

Naissance de la Bolivie

Le 6 août, le Haut-Pérou se déclare indépendant et prend son nom ; il lui écrit une constitution en 1826.

1828

Dictature et attentat de septembre

Après l’échec de la convention d’Ocaña, il assume les pleins pouvoirs et échappe le 25 septembre à un attentat à Bogota.

1830

Dislocation et mort

Sécession du Venezuela et de l’Équateur, démission en avril, mort de la tuberculose le 17 décembre près de Santa Marta.

Chronologie géographique

Citations célèbres

« Nous sommes un petit genre humain ; nous possédons un monde à part, entouré de vastes mers, nouveau dans presque tous les arts et toutes les sciences. » — Lettre de Jamaïque, 6 septembre 1815.

— Simón Bolívar

« Si ma mort contribue à ce que cessent les partis et que l’union se consolide, je descendrai tranquille au sépulcre. » — dernière proclamation, Santa Marta, 10 décembre 1830.

— Simón Bolívar

Questions fréquentes

Un officier et homme d’État vénézuélien (1783-1830), issu de l’aristocratie créole de Caracas, surnommé El Libertador. Il conduisit les campagnes qui arrachèrent à l’Espagne le nord de l’Amérique du Sud et fonda la Grande Colombie, dont il fut le président.

Ses campagnes ont libéré les territoires qui forment aujourd’hui le Venezuela, la Colombie, l’Équateur, le Panama, la Bolivie, et une partie du Pérou. Le Haut-Pérou devenu indépendant en 1825 prit son nom : la Bolivie est le seul État au monde nommé d’après son libérateur.

Parce qu’elle n’avait ni les communications ni les élites d’un État unitaire : entre Caracas, Bogota et Quito, les distances se comptaient en semaines, et les notables régionaux avaient plus à gagner dans des républiques séparées. La convention d’Ocaña échoue en 1828 ; le Venezuela et l’Équateur font sécession en 1830, l’année de la mort de Bolívar.

Il l’a proclamé, sans parvenir à l’appliquer. Né dans une famille propriétaire d’esclaves, il s’engage en 1816 envers le président haïtien Alexandre Pétion à abolir l’esclavage, et le décrète à Carúpano le 2 juin de la même année. En pratique, l’affranchissement resta subordonné au recrutement militaire ; l’abolition définitive n’intervint au Venezuela qu’en 1854.

De la tuberculose, le 17 décembre 1830, près de Santa Marta, à quarante-sept ans. Il avait démissionné en avril, se préparait à l’exil, et venait d’apprendre la sécession du Venezuela et de l’Équateur ainsi que l’assassinat de Sucre.

Sources et bibliographie

Sources primaires

  • Simón Bolívar, Carta de Jamaica (Kingston, 6 septembre 1815)
  • Simón Bolívar, Discurso de Angostura (15 février 1819)
  • Daniel Florencio O’Leary, Memorias del general O’Leary

Sources secondaires

  • John Lynch, Simón Bolívar: A Life
  • David Bushnell (dir.), El Libertador: Writings of Simón Bolívar
  • Marie Arana, Bolívar: American Liberator

Voir aussi