Saladin (vers 1137 – 1193)
Résumé rapide
Saladin (vers 1137 – 1193) est un sultan figure majeure de l'histoire. Né à Tikrit, Haute-Mésopotamie (Irak actuel), Saladin a marqué son époque par fin du califat fatimide et retour de l’égypte dans l’obédience abbasside (1171).
Naissance
1137 Tikrit, Haute-Mésopotamie (Irak actuel)
Décès
4 mars 1193 Damas, Syrie
Nationalité
Kurde
Occupations
Biographie complète
Origines Kurdes et Jeunesse
Salâh al-Dîn Yûsuf ibn Ayyûb naît vers 1137 à Tikrit, sur le Tigre, dans une famille kurde originaire de la région de Dvin. Son père Najm al-Dîn Ayyûb y commande la forteresse pour le compte des Seldjoukides ; la famille quitte la ville peu après sa naissance et passe au service de l’atabeg de Mossoul, Imâd al-Dîn Zengî. Saladin grandit à Baalbek puis à Damas, dans le milieu militaire turco-kurde qui encadre alors la Syrie. Les sources le montrent formé au droit religieux, à la théologie et à la généalogie arabe autant qu’au métier des armes. Rien, dans cette jeunesse de cadet provincial, ne le désignait pour le pouvoir.
Au Service de Nour Al Din
À la mort de Zengî en 1146, son fils Nûr al-Dîn reprend la Syrie et fait de la lutte contre les États latins un programme à la fois politique et religieux. Saladin sert dans son entourage à Damas, aux côtés de son oncle Asad al-Dîn Shîrkûh. Entre 1164 et 1169, Nûr al-Dîn envoie trois expéditions en Égypte, où le califat fatimide agonise et où les Francs de Jérusalem cherchent à s’implanter. Saladin y participe d’abord à contrecœur, selon son biographe Bahâ’ al-Dîn ibn Shaddâd, et s’y révèle : en 1167, il tient Alexandrie assiégée par les forces franco-égyptiennes coalisées.
Le Vizirat et la Fin du Califat Fatimide
En janvier 1169, Shîrkûh devient vizir du calife fatimide al-‘Âdid ; il meurt deux mois plus tard. À trente et un ans environ, Saladin lui succède — choisi, rapportent les chroniqueurs, parce qu’on le croyait le plus malléable des prétendants. Il l’est peu. Il démantèle la garde militaire fatimide, installe les siens aux postes clés et gouverne l’Égypte en son nom propre tout en se réclamant encore de Nûr al-Dîn. En septembre 1171, il fait remplacer dans la prière du vendredi le nom du calife chiite par celui de l’Abbasside de Bagdad : deux siècles de califat fatimide s’achèvent presque sans résistance. Al-‘Âdid meurt quelques jours plus tard.
L Unification de L Egypte et de la Syrie
La mort de Nûr al-Dîn en 1174 laisse la Syrie à un héritier enfant. Saladin marche sur Damas, qui lui ouvre ses portes, puis passe douze ans à réduire les principautés zengides plutôt qu’à combattre les Francs — ce que ses adversaires musulmans lui reprochent durement, l’historien Ibn al-Athîr le premier. Alep ne tombe qu’en 1183, Mossoul reconnaît sa suzeraineté en 1186. Entre-temps, il survit à deux tentatives d’assassinat des Nizârites, en 1175 et 1176. Au terme de cette patience, l’Égypte, la Syrie et la Haute-Mésopotamie obéissent à un seul souverain, et le royaume latin de Jérusalem se trouve encerclé.
Hattin et la Reprise de Jerusalem
Le 4 juillet 1187, aux Cornes de Hattîn, au-dessus du lac de Tibériade, Saladin coupe l’armée franque de ses points d’eau et l’anéantit en une journée. Le roi Guy de Lusignan est capturé et épargné ; Renaud de Châtillon, qui avait rompu la trêve en pillant des caravanes, est exécuté. La relique de la Vraie Croix est prise. Privées d’armée de campagne, les villes du royaume tombent l’une après l’autre. Jérusalem capitule le 2 octobre, au terme d’une négociation avec Balian d’Ibelin : les habitants sont rançonnés, beaucoup libérés sans rançon, et il n’y a pas de massacre — contraste que les chroniqueurs des deux camps opposeront durablement à la prise franque de 1099.
La Troisieme Croisade
La chute de Jérusalem provoque la troisième croisade. Le siège d’Acre s’éternise de 1189 à juillet 1191, où la ville tombe malgré les armées de secours ayyoubides. Richard Ier d’Angleterre bat Saladin à Arsouf le 7 septembre 1191, mais renonce par deux fois à marcher sur Jérusalem, faute de pouvoir tenir la ville une fois prise. Les deux hommes négocient par émissaires pendant des mois et ne se rencontrent jamais en personne. Le traité de Jaffa, le 2 septembre 1192, laisse aux Francs une bande côtière de Tyr à Jaffa, maintient Jérusalem musulmane et garantit aux pèlerins chrétiens l’accès aux Lieux saints.
Le Souverain et L Etat Ayyoubide
Saladin ne fut pas qu’un chef de guerre. Il fit du Caire une capitale sunnite : madrasas chaféites et malékites, hôpital al-Nâsirî, citadelle entreprise en 1176 sous la direction de son intendant Qarâqûsh, enceinte destinée à réunir Le Caire et Fustât. Il gouverna en distribuant provinces et revenus à ses frères, à ses fils et à ses neveux : un État familial qui lui survécut sous le nom de dynastie ayyoubide et régna sur l’Égypte jusqu’en 1250. Ce partage, efficace de son vivant, morcela ses conquêtes dès sa mort.
Mort et Naissance D Une Legende
Saladin meurt à Damas le 4 mars 1193, d’une fièvre, quelques mois après le départ de Richard. Ibn Shaddâd, qui l’assiste dans ses derniers jours, rapporte qu’il ne laissait ni domaine ni trésor — quelques dizaines de dirhams et une pièce d’or, pas de quoi payer ses funérailles. Il est enterré près de la Grande Mosquée des Omeyyades, où son mausolée se visite toujours. Sa réputation de magnanimité, née des récits francs autant qu’arabes, en fit dès le XIIIe siècle une figure admirée en Europe : Dante le place aux Limbes parmi les païens vertueux, Walter Scott en fera un héros de roman. Le nationalisme arabe du XXe siècle, puis la mémoire kurde, se le sont réapproprié tour à tour.
Réalisations et héritage
Principales réalisations
- Fin du califat fatimide et retour de l’Égypte dans l’obédience abbasside (1171)
- Unification de l’Égypte, de la Syrie et de la Haute-Mésopotamie sous la dynastie ayyoubide
- Victoire de Hattîn (4 juillet 1187), qui anéantit l’armée de campagne du royaume latin de Jérusalem
- Reprise de Jérusalem par capitulation négociée (2 octobre 1187), sans massacre de la population
- Traité de Jaffa (1192), qui met fin à la troisième croisade en garantissant l’accès des pèlerins chrétiens
- Fondation de madrasas et d’hôpitaux au Caire et à Damas, et lancement de la citadelle du Caire (1176)
Héritage historique
Saladin laisse un État qui se disloque vite et une légende qui ne s’éteint pas. Les Ayyoubides régnèrent sur l’Égypte jusqu’en 1250, mais le partage familial qu’il avait organisé morcela ses conquêtes dès sa mort. Sa véritable postérité est ailleurs : il est la figure par laquelle l’Europe médiévale a admis qu’un adversaire musulman pouvait être exemplaire, et celle par laquelle le monde arabe du XXe siècle, puis le nationalisme kurde, ont cherché un modèle d’unité. Cette double récupération dit moins l’homme que les besoins de ceux qui l’invoquent : l’historiographie récente, d’Anne-Marie Eddé à Jonathan Phillips, s’emploie à distinguer le souverain patient et calculateur des chroniques du héros chevaleresque des romans.
Chronologie détaillée
Événements majeurs
Naissance à Tikrit
Vers 1137, dans une famille kurde au service des Seldjoukides, sur le Tigre.
Vizir d’Égypte
À la mort de son oncle Shîrkûh, il devient vizir du calife fatimide al-‘Âdid.
Fin du califat fatimide
En septembre, le nom du calife abbasside de Bagdad remplace celui du calife chiite dans la prière du vendredi.
Prise de Damas
À la mort de Nûr al-Dîn, il s’empare de Damas et entreprend d’unifier la Syrie.
Soumission d’Alep
La capitale zengide de Syrie du Nord se rend après plusieurs campagnes.
Hattîn et Jérusalem
4 juillet : l’armée du royaume latin est détruite aux Cornes de Hattîn. 2 octobre : Jérusalem capitule par accord négocié.
Chute d’Acre et bataille d’Arsouf
Acre tombe en juillet ; Richard Ier l’emporte à Arsouf le 7 septembre.
Traité de Jaffa
2 septembre : fin de la troisième croisade, Jérusalem reste musulmane et s’ouvre aux pèlerins chrétiens.
Mort à Damas
4 mars, d’une fièvre ; il est enterré près de la Grande Mosquée des Omeyyades.
Chronologie géographique
Citations célèbres
« Il n’est pas dans l’usage des rois de tuer les rois. » — propos tenu à Guy de Lusignan après Hattîn, rapporté par les chroniqueurs arabes.
« Garde-toi de verser le sang, car le sang versé ne dort jamais. » — conseil à son fils al-Zâhir, rapporté par son biographe Bahâ’ al-Dîn ibn Shaddâd.
Liens externes
Questions fréquentes
Qui était Saladin ?
Salâh al-Dîn Yûsuf ibn Ayyûb (vers 1137-1193), chef de guerre kurde devenu vizir puis sultan d’Égypte et de Syrie, fondateur de la dynastie ayyoubide et vainqueur du royaume latin de Jérusalem à Hattîn en 1187.
Saladin était-il arabe ?
Non : il était kurde, né à Tikrit dans une famille originaire de la région de Dvin. Il gouverna toutefois un État de langue et de culture arabes, au nom du calife abbasside de Bagdad.
Comment Saladin a-t-il repris Jérusalem ?
Par une négociation, non par un assaut. Après avoir détruit l’armée franque à Hattîn le 4 juillet 1187, il assiège une ville sans défenseurs et accepte la capitulation proposée par Balian d’Ibelin le 2 octobre : rançon des habitants, libération de beaucoup d’entre eux, pas de massacre.
Saladin et Richard Cœur de Lion se sont-ils rencontrés ?
Jamais en personne. Pendant la troisième croisade, les deux souverains échangèrent émissaires, présents et propositions de paix — jusqu’à un projet de mariage entre le frère de Saladin et la sœur de Richard — mais aucune entrevue n’eut lieu.
Pourquoi Saladin a-t-il bonne réputation en Occident ?
Parce que les chroniqueurs francs eux-mêmes ont retenu sa clémence à Jérusalem en 1187, opposée au massacre commis par les croisés en 1099. Cette réputation de magnanimité a traversé la littérature européenne, de Dante à Walter Scott, avant que le monde arabe et kurde ne se le réapproprie au XXe siècle.
Sources et bibliographie
Sources primaires
- Bahâ’ al-Dîn Ibn Shaddâd, al-Nawâdir al-sultâniyya (Anecdotes sultaniennes)
- Ibn al-Athîr, al-Kâmil fî l-ta’rîkh
- Guillaume de Tyr, Historia rerum in partibus transmarinis gestarum
Sources secondaires
- Anne-Marie Eddé, Saladin
- Malcolm Cameron Lyons et D. E. P. Jackson, Saladin: The Politics of the Holy War
- Jonathan Phillips, The Life and Legend of the Sultan Saladin
Références externes
Voir aussi
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