Ibn Khaldoun (1332 – 1406)

Résumé rapide

Ibn Khaldoun (1332 – 1406) est un historien figure majeure de l'histoire. Né à Tunis, Ifriqiya (actuelle Tunisie), Ibn Khaldoun a marqué son époque par rédaction de la muqaddima, introduction méthodologique à l’histoire et aux sciences sociales.

Lecture: 28 min Mis à jour: 15/11/2024
Portrait imaginaire d'Ibn Khaldoun, turban blanc et robe de savant du XIVe siècle, regard attentif, bibliothèque arabe en arrière-plan.
À la une

Naissance

27 mai 1332 Tunis, Ifriqiya (actuelle Tunisie)

Décès

17 mars 1406 Le Caire, sultanat mamelouk d'Égypte

Nationalité

Ifriqiyen

Occupations

Historien Juge malikite Diplomate Philosophe politique

Biographie complète

Origines et Enfance

Abd al-Rahman ibn Muhammad ibn Khaldun naît à Tunis dans une famille andalouse d’origine yéménite, exilée après la Reconquista. Son milieu urbain lui offre l’accès aux cercles malikites, à la grammaire arabe, aux mathématiques et à la philosophie. Il mémorise le Coran, étudie la logique aristotélicienne et fréquente les juristes de la cour hafside. Une épidémie de peste noire frappe l’Ifriqiya durant son adolescence, marquant sa perception des crises qui affectent les sociétés.

Contexte Historique

Le XIVe siècle maghrébin est secoué par les luttes dynastiques entre Mérinides, Hafsides, Zianides et Nasrides, tandis que l’économie saharienne et méditerranéenne se reconfigure. Les routes caravanières transportent or, esclaves et manuscrits ; les ports de Tunis, Bougie et Fès rivalisent. La peste noire et les guerres affaiblissent les États. Ibn Khaldoun observe comment l’‘asabiyya tribale structure les pouvoirs et comment la fiscalité, l’armée et la religion renforcent ou minent les dynasties.

Ministere Public

Très jeune, il entre au service administratif des Mérinides à Fès, puis des Nasrides de Grenade où il conseille le sultan Muhammad V. Diplomate entre royaumes rivaux, il négocie avec Pierre Ier de Castille et sert d’émissaire auprès des tribus. De retour au Maghreb central, il est tour à tour vizir, secrétaire ou prisonnier selon les renversements de palais. Sa carrière politique nourrit son scepticisme vis-à-vis des courtes solidarités courtisanes.

Enseignement et Message

La Muqaddima cristallise son message : l’histoire doit être critique, fondée sur l’observation, la causalité et l’économie des faits. Il développe une théorie cyclique : les tribus soudées par l’‘asabiyya conquièrent le pouvoir, puis s’affadissent dans le luxe urbain avant d’être remplacées. Il insiste sur le rôle de l’éducation, du climat, de l’agriculture et du commerce dans la prospérité des sociétés. Son approche synthétise jurisprudence islamique, philosophie grecque et pragmatisme administratif.

Activite En Galilee

Cherchant l’isolement pour écrire, il se retire entre 1375 et 1377 dans la forteresse de Qal‘at Ibn Salama, près de Tiaret, invitée par la tribu des Banu Arif. Là, il rédige la Muqaddima et une partie du « Kitab al-‘Ibar ». Ce retrait volontaire, loin des cours instables, illustre sa conviction que la distance favorise la lucidité sur les mécanismes du pouvoir.

Montee A Jerusalem et Conflit

En 1382, il quitte définitivement le Maghreb pour l’Égypte mamelouke. Accueilli par le sultan Barquq, il obtient des chaires à al-Azhar et la fonction de grand juge malikite. Les rivalités entre émirs et les critiques sur sa rigueur le font plusieurs fois destituer puis rappeler. En 1401, il accompagne la délégation cairote devant Tamerlan à Damas : son entretien célèbre avec le conquérant montre son habileté diplomatique et sa réflexion sur la conquête et la fiscalité.

Sources et Temoinages

La principale source sur sa vie reste son Autobiographie, souvent intégrée au « Livre des exemples ». Les chroniqueurs maghrébins (Ibn al-Khatib, al-Maqqari) et égyptiens (al-Suyuti) confirment ses charges publiques. Les copies manuscrites de la Muqaddima, diffusées du Caire à Istanbul, témoignent de la réception rapide de son œuvre. Les archives judiciaires mameloukes mentionnent ses jugements et ses conflits de fonction.

Interpretations Historiques

Les orientalistes du XIXe siècle (Silvestre de Sacy, De Slane) traduisent et commentent son œuvre, révélant en Europe sa méthode sociologique. Au XXe siècle, Ernest Gellner, Muhsin Mahdi ou Aziz al-Azmeh soulignent son approche systémique des sociétés. Les historiens débattent de son rapport à la philosophie grecque, de son empirisme et de la portée universelle de l’‘asabiyya. Aujourd’hui, il est vu comme un précurseur des sciences sociales et de l’économie politique.

Heritage

Mort au Caire en 1406, Ibn Khaldoun laisse un legs qui dépasse l’historiographie islamique. La Muqaddima influence les penseurs arabes modernes, inspire des analyses du colonialisme et de la modernisation, et nourrit la sociologie historique. Son nom est associé aux débats sur l’État, la fiscalité, la cohésion communautaire et la montée et chute des empires. Bibliothèques, universités et chaires portent son nom à travers le monde arabe et en Occident.

Réalisations et héritage

Principales réalisations

  • Rédaction de la Muqaddima, introduction méthodologique à l’histoire et aux sciences sociales
  • Analyse de l’‘asabiyya comme moteur des dynasties et des cycles politiques
  • Fonctions de juge et de diplomate auprès des sultans maghrébins et mamelouks
  • Synthèse critique des chroniques du Maghreb et de l’Orient médiéval

Héritage historique

Ibn Khaldoun demeure une référence majeure pour comprendre la dynamique des États et des sociétés. Sa théorie de l’‘asabiyya éclaire les phénomènes de cohésion et de fragmentation politique. Son insistance sur la critique des sources et les causes économiques de l’histoire inspire historiens, sociologues et économistes, du monde arabe aux universités occidentales.

Chronologie détaillée

Événements majeurs

1332

Naissance

Naît le 27 mai à Tunis dans une famille andalouse lettrée

1354

Débuts politiques

Entre au service administratif des Mérinides à Fès

1365

Mission à Grenade

Conseiller du sultan nasride Muhammad V, négociations avec Castille

1377

Rédaction de la Muqaddima

Achève l’introduction de son Livre des exemples à Qal‘at Ibn Salama

1382

Installation au Caire

Professeur et grand juge malikite auprès du sultan Barquq

1401

Entretien avec Tamerlan

Négociation à Damas durant le siège timouride

1406

Décès

Meurt au Caire après plusieurs mandats de juge

Chronologie géographique

Citations célèbres

« La civilisation est la condition nécessaire de la vie humaine. »

— Ibn Khaldoun

« L’injustice annonce la ruine des dynasties. »

— Ibn Khaldoun

« Les victoires ne s’obtiennent que par la force du groupe et la solidarité. »

— Ibn Khaldoun

Questions fréquentes

Il est né le 27 mai 1332 à Tunis et est mort le 17 mars 1406 au Caire, après une vie de voyages entre le Maghreb et l’Égypte.

La Muqaddima, prologue de son « Livre des exemples », où il expose sa théorie des cycles dynastiques, de l’‘asabiyya et de la méthode critique en histoire.

Il fut secrétaire, diplomate et négociateur auprès des sultans mérinides, nasrides et hafsides, puis juge (qadi) malikite et professeur au Caire.

Parce qu’il analyse les lois sociales, les solidarités tribales et les dynamiques économiques pour expliquer la naissance et la chute des États.

Sa propre Autobiographie et les chroniques maghrébines et égyptiennes documentent ses missions politiques, ses jugements et l’élaboration de la Muqaddima.

Sources et bibliographie

Sources primaires

  • Ibn Khaldoun — Kitab al-‘Ibar (Muqaddima)
  • Autobiographie d’Ibn Khaldoun

Sources secondaires

  • H. R. Idris — Ibn Khaldûn: Essai de biographie intellectuelle
  • Muhsin Mahdi — Ibn Khaldun’s Philosophy of History
  • Ernest Gellner — Muslim Society
  • Aziz al-Azmeh — Ibn Khaldun: An Essay in Reinterpretation

Voir aussi