Ibn Khaldoun (1332 – 1406)
Résumé rapide
Ibn Khaldoun (1332 – 1406) est un historien figure majeure de l'histoire. Né à Tunis, Ifriqiya (actuelle Tunisie), Ibn Khaldoun a marqué son époque par rédaction de la muqaddima, introduction méthodologique à l’histoire et aux sciences sociales.
Naissance
27 mai 1332 Tunis, Ifriqiya (actuelle Tunisie)
Décès
17 mars 1406 Le Caire, sultanat mamelouk d'Égypte
Nationalité
Ifriqiyen
Occupations
Biographie complète
Origines et Enfance
Abd al-Rahman ibn Muhammad ibn Khaldun naît à Tunis dans une famille andalouse d’origine yéménite, exilée après la Reconquista. Son milieu urbain lui offre l’accès aux cercles malikites, à la grammaire arabe, aux mathématiques et à la philosophie. Il mémorise le Coran, étudie la logique aristotélicienne et fréquente les juristes de la cour hafside. Une épidémie de peste noire frappe l’Ifriqiya durant son adolescence, marquant sa perception des crises qui affectent les sociétés.
Contexte Historique
Le XIVe siècle maghrébin est secoué par les luttes dynastiques entre Mérinides, Hafsides, Zianides et Nasrides, tandis que l’économie saharienne et méditerranéenne se reconfigure. Les routes caravanières transportent or, esclaves et manuscrits ; les ports de Tunis, Bougie et Fès rivalisent. La peste noire et les guerres affaiblissent les États. Ibn Khaldoun observe comment l’‘asabiyya tribale structure les pouvoirs et comment la fiscalité, l’armée et la religion renforcent ou minent les dynasties.
Ministere Public
Très jeune, il entre au service administratif des Mérinides à Fès, puis des Nasrides de Grenade où il conseille le sultan Muhammad V. Diplomate entre royaumes rivaux, il négocie avec Pierre Ier de Castille et sert d’émissaire auprès des tribus. De retour au Maghreb central, il est tour à tour vizir, secrétaire ou prisonnier selon les renversements de palais. Sa carrière politique nourrit son scepticisme vis-à-vis des courtes solidarités courtisanes.
Enseignement et Message
La Muqaddima cristallise son message : l’histoire doit être critique, fondée sur l’observation, la causalité et l’économie des faits. Il développe une théorie cyclique : les tribus soudées par l’‘asabiyya conquièrent le pouvoir, puis s’affadissent dans le luxe urbain avant d’être remplacées. Il insiste sur le rôle de l’éducation, du climat, de l’agriculture et du commerce dans la prospérité des sociétés. Son approche synthétise jurisprudence islamique, philosophie grecque et pragmatisme administratif.
Activite En Galilee
Cherchant l’isolement pour écrire, il se retire entre 1375 et 1377 dans la forteresse de Qal‘at Ibn Salama, près de Tiaret, invitée par la tribu des Banu Arif. Là, il rédige la Muqaddima et une partie du « Kitab al-‘Ibar ». Ce retrait volontaire, loin des cours instables, illustre sa conviction que la distance favorise la lucidité sur les mécanismes du pouvoir.
Montee A Jerusalem et Conflit
En 1382, il quitte définitivement le Maghreb pour l’Égypte mamelouke. Accueilli par le sultan Barquq, il obtient des chaires à al-Azhar et la fonction de grand juge malikite. Les rivalités entre émirs et les critiques sur sa rigueur le font plusieurs fois destituer puis rappeler. En 1401, il accompagne la délégation cairote devant Tamerlan à Damas : son entretien célèbre avec le conquérant montre son habileté diplomatique et sa réflexion sur la conquête et la fiscalité.
Sources et Temoinages
La principale source sur sa vie reste son Autobiographie, souvent intégrée au « Livre des exemples ». Les chroniqueurs maghrébins (Ibn al-Khatib, al-Maqqari) et égyptiens (al-Suyuti) confirment ses charges publiques. Les copies manuscrites de la Muqaddima, diffusées du Caire à Istanbul, témoignent de la réception rapide de son œuvre. Les archives judiciaires mameloukes mentionnent ses jugements et ses conflits de fonction.
Interpretations Historiques
Les orientalistes du XIXe siècle (Silvestre de Sacy, De Slane) traduisent et commentent son œuvre, révélant en Europe sa méthode sociologique. Au XXe siècle, Ernest Gellner, Muhsin Mahdi ou Aziz al-Azmeh soulignent son approche systémique des sociétés. Les historiens débattent de son rapport à la philosophie grecque, de son empirisme et de la portée universelle de l’‘asabiyya. Aujourd’hui, il est vu comme un précurseur des sciences sociales et de l’économie politique.
Heritage
Mort au Caire en 1406, Ibn Khaldoun laisse un legs qui dépasse l’historiographie islamique. La Muqaddima influence les penseurs arabes modernes, inspire des analyses du colonialisme et de la modernisation, et nourrit la sociologie historique. Son nom est associé aux débats sur l’État, la fiscalité, la cohésion communautaire et la montée et chute des empires. Bibliothèques, universités et chaires portent son nom à travers le monde arabe et en Occident.
Réalisations et héritage
Principales réalisations
- Rédaction de la Muqaddima, introduction méthodologique à l’histoire et aux sciences sociales
- Analyse de l’‘asabiyya comme moteur des dynasties et des cycles politiques
- Fonctions de juge et de diplomate auprès des sultans maghrébins et mamelouks
- Synthèse critique des chroniques du Maghreb et de l’Orient médiéval
Héritage historique
Ibn Khaldoun demeure une référence majeure pour comprendre la dynamique des États et des sociétés. Sa théorie de l’‘asabiyya éclaire les phénomènes de cohésion et de fragmentation politique. Son insistance sur la critique des sources et les causes économiques de l’histoire inspire historiens, sociologues et économistes, du monde arabe aux universités occidentales.
Chronologie détaillée
Événements majeurs
Naissance
Naît le 27 mai à Tunis dans une famille andalouse lettrée
Débuts politiques
Entre au service administratif des Mérinides à Fès
Mission à Grenade
Conseiller du sultan nasride Muhammad V, négociations avec Castille
Rédaction de la Muqaddima
Achève l’introduction de son Livre des exemples à Qal‘at Ibn Salama
Installation au Caire
Professeur et grand juge malikite auprès du sultan Barquq
Entretien avec Tamerlan
Négociation à Damas durant le siège timouride
Décès
Meurt au Caire après plusieurs mandats de juge
Chronologie géographique
Citations célèbres
« La civilisation est la condition nécessaire de la vie humaine. »
« L’injustice annonce la ruine des dynasties. »
« Les victoires ne s’obtiennent que par la force du groupe et la solidarité. »
Liens externes
Questions fréquentes
Quand est né et mort Ibn Khaldoun ?
Il est né le 27 mai 1332 à Tunis et est mort le 17 mars 1406 au Caire, après une vie de voyages entre le Maghreb et l’Égypte.
Quelle est son œuvre la plus célèbre ?
La Muqaddima, prologue de son « Livre des exemples », où il expose sa théorie des cycles dynastiques, de l’‘asabiyya et de la méthode critique en histoire.
Quel rôle a-t-il joué en politique ?
Il fut secrétaire, diplomate et négociateur auprès des sultans mérinides, nasrides et hafsides, puis juge (qadi) malikite et professeur au Caire.
Pourquoi est-il considéré comme un précurseur de la sociologie ?
Parce qu’il analyse les lois sociales, les solidarités tribales et les dynamiques économiques pour expliquer la naissance et la chute des États.
Quelles sources mentionnent sa vie ?
Sa propre Autobiographie et les chroniques maghrébines et égyptiennes documentent ses missions politiques, ses jugements et l’élaboration de la Muqaddima.
Sources et bibliographie
Sources primaires
- Ibn Khaldoun — Kitab al-‘Ibar (Muqaddima)
- Autobiographie d’Ibn Khaldoun
Sources secondaires
- H. R. Idris — Ibn Khaldûn: Essai de biographie intellectuelle
- Muhsin Mahdi — Ibn Khaldun’s Philosophy of History
- Ernest Gellner — Muslim Society
- Aziz al-Azmeh — Ibn Khaldun: An Essay in Reinterpretation
Références externes
Voir aussi
Personnages connexes
Confucius
Philosophe, pédagogue et fonctionnaire du royaume de Lu
Gengis Khan
Fondateur de l’empire mongol et conquérant eurasien
Karl Marx
Philosophe, économiste et théoricien social du XIXe siècle
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