10 mythes historiques que tout le monde croit encore
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10 mythes historiques que tout le monde croit encore

Par Historic Figures
12 min de lecture

Napoléon n'était pas petit, Einstein n'a jamais échoué en maths, et Marie-Antoinette n'a pas parlé de brioche. Dix idées reçues, et d'où elles viennent réellement.

Certaines erreurs historiques sont plus solides que les faits qu’elles remplacent. Elles survivent parce qu’elles racontent une bonne histoire, parce qu’un film les a fixées, ou simplement parce qu’une unité de mesure a été mal convertie.

Voici dix d’entre elles, avec à chaque fois la source réelle de la confusion.

1. Napoléon était petit

Napoléon Bonaparte mesurait environ 1,68 à 1,70 m, soit la taille moyenne d’un Français de son époque, voire légèrement au-dessus.

L’erreur vient d’une conversion. Les registres français indiquent « 5 pieds 2 pouces ». Mais le pouce français valait 2,707 cm, contre 2,54 cm pour l’inch anglais. Lu avec l’unité britannique, le chiffre donne 1,57 m — d’où la légende.

Deux facteurs ont ancré l’image. D’abord les caricatures anglaises de James Gillray, qui représentaient systématiquement « Little Boney » en nain colérique, dans ce qui constitue l’une des campagnes de propagande visuelle les plus efficaces de l’histoire. Ensuite, les grenadiers de sa Garde impériale étaient sélectionnés pour leur haute taille : entouré d’eux en permanence, l’Empereur paraissait effectivement petit.

2. Einstein était mauvais en mathématiques

Albert Einstein a démenti lui-même, de son vivant : « Je n’ai jamais échoué en mathématiques. Avant quinze ans, je maîtrisais le calcul différentiel et intégral. »

Le fond de vérité est ailleurs. En 1895, à seize ans — soit deux ans avant l’âge normal — il se présente au concours d’entrée de l’École polytechnique fédérale de Zurich. Il échoue à l’examen d’ensemble, en raison des matières littéraires et des langues. Ses résultats en mathématiques et en physique, eux, étaient excellents.

Le mythe est devenu populaire parce qu’il est consolant. Il ne résiste à aucune vérification.

3. Marie-Antoinette a dit « Qu’ils mangent de la brioche »

La phrase apparaît dans les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, au livre VI, rédigé vers 1765. Rousseau l’attribue à « une grande princesse », sans la nommer.

À cette date, Marie-Antoinette a une dizaine d’années et vit à Vienne. Elle n’arrivera en France qu’en 1770. Aucune source contemporaine de son règne ne lui prête ces mots.

L’attribution se répand pendant la Révolution, à un moment où la reine est la cible d’une campagne de libelles d’une violence considérable. La formule était trop utile pour qu’on vérifie son origine — et elle l’est restée.

4. Cléopâtre était égyptienne

Cléopâtre VII appartenait à la dynastie lagide, fondée par Ptolémée Ier, général macédonien d’Alexandre le Grand. Sa lignée paternelle est donc grecque de Macédoine, et la famille pratiquait abondamment les unions consanguines depuis près de trois siècles.

Elle est née en Égypte, y a régné, et fut selon Plutarque la première souveraine de sa dynastie à apprendre l’égyptien — ce qui indique assez que ses prédécesseurs ne le parlaient pas.

L’ascendance de sa mère reste incertaine, et une part d’ascendance égyptienne ne peut être exclue. Mais l’image d’une reine « égyptienne » au sens ethnique ne correspond pas à ce que l’on sait de la maison des Ptolémées.

5. Christophe Colomb a prouvé que la Terre était ronde

La sphéricité de la Terre était établie chez les Grecs dès le IVe siècle av. J.-C. Ératosthène en a mesuré la circonférence vers 240 av. J.-C., avec une précision remarquable. Les lettrés médiévaux ne l’ont jamais contestée.

Le débat qui opposait Christophe Colomb aux experts de la cour portugaise puis espagnole portait sur la taille de la Terre, pas sur sa forme. Et sur ce point, les experts avaient raison et Colomb avait tort : il sous-estimait gravement la circonférence terrestre, ce qui lui faisait croire l’Asie atteignable par l’ouest en quelques semaines. S’il n’avait pas rencontré un continent dont personne en Europe ne soupçonnait l’existence, son équipage serait mort en mer.

Le mythe du Moyen Âge platiste doit beaucoup à une biographie romancée de Colomb publiée par Washington Irving en 1828.

6. Salieri a empoisonné Mozart

Aucune preuve. Wolfgang Amadeus Mozart meurt en décembre 1791 d’une maladie aiguë ; l’hypothèse médicale aujourd’hui la plus discutée est celle d’une infection streptococcique compliquée.

La rumeur circule dès les semaines suivant le décès, dans une Vienne friande de ragots. Elle est ensuite transformée en œuvre par Pouchkine, avec sa courte pièce Mozart et Salieri en 1830, puis en opéra par Rimski-Korsakov, puis en pièce par Peter Shaffer — Amadeus, 1979 — dont le film de Miloš Forman a fixé l’image pour le grand public.

Antonio Salieri était en réalité un compositeur reconnu et un pédagogue estimé, qui a formé Beethoven, Schubert et Liszt.

7. Galilée a été torturé et a murmuré « Et pourtant elle tourne »

Le procès de 1633 est bien réel, tout comme l’abjuration et l’assignation à résidence qui a duré jusqu’à sa mort en 1642. Mais Galilée n’a pas été soumis à la torture physique. La procédure a comporté ce que l’on appelait la territio verbalis — la menace formelle de la torture, montrée et décrite, sans application.

Quant au fameux « Eppur si muove », il n’apparaît dans aucun document contemporain. Sa première trace imprimée connue date de 1757, soit plus d’un siècle après les faits, sous la plume de Giuseppe Baretti.

Le procès reste un événement majeur de l’histoire des rapports entre science et autorité. Il n’avait pas besoin d’être embelli. Notre article Galilée vs Newton revient en détail sur ce qui s’est réellement joué.

8. Les Vikings portaient des casques à cornes

Aucun casque à cornes n’a jamais été mis au jour dans une sépulture viking. Les rares casques retrouvés — celui de Gjermundbu, en Norvège, est le seul exemplaire à peu près complet — sont lisses.

L’image vient du romantisme allemand du XIXe siècle, et plus précisément des costumes dessinés par Carl Emil Doepler pour la première intégrale du Ring de Wagner à Bayreuth, en 1876. Elle s’est imposée en moins de cinquante ans.

Sur un plan pratique, le casque à cornes serait d’ailleurs une aberration au combat : il offre une prise idéale à l’adversaire.

9. La pomme de Newton

Celui-ci résiste mieux qu’on ne le croit. Isaac Newton a bien raconté l’anecdote, à plusieurs interlocuteurs sur la fin de sa vie. William Stukeley la consigne en 1752 dans ses Mémoires : Newton, assis dans le verger de Woolsthorpe, voit tomber une pomme et se demande pourquoi elle tombe perpendiculairement au sol.

Deux précisions, tout de même. La pomme n’a jamais frappé sa tête — cet ajout est postérieur. Et l’épisode n’a rien d’une révélation instantanée : la théorie de la gravitation universelle a demandé une vingtaine d’années de travail avant les Principia de 1687.

Tout n’est donc pas faux dans les grands récits. C’est précisément ce qui rend la vérification nécessaire.

10. Napoléon a fait tirer au canon sur le nez du Sphinx

Le Sphinx de Gizeh avait déjà perdu son nez bien avant l’expédition d’Égypte de 1798.

La preuve est graphique : le dessinateur danois Frederic Louis Norden, qui visite le site en 1737, le représente sans nez dans des planches publiées en 1755. Soit plus de quarante ans avant l’arrivée des troupes françaises.

L’historien arabe al-Maqrīzī rapporte par ailleurs, au XVe siècle, que la mutilation aurait été le fait d’un homme au XIVe siècle.

Comment reconnaître un mythe historique

Ces dix cas partagent des mécanismes récurrents. Quelques réflexes suffisent à s’en prémunir :

Chercher la source la plus ancienne. Si la première trace écrite date d’un siècle après les faits, la prudence s’impose. C’est ce qui disqualifie « Eppur si muove ».

Se méfier des récits trop bien construits. Le génie humilié par un examen, la reine cynique en une réplique, le rival jaloux et empoisonneur : ces figures sont des ressorts narratifs, pas des observations.

Vérifier les unités et les traductions. La taille de Napoléon tient à un pouce mal converti. Ce type d’erreur est plus fréquent qu’on ne l’imagine.

Identifier qui avait intérêt au récit. Les caricatures de Gillray servaient l’effort de guerre britannique. Les libelles sur Marie-Antoinette servaient la Révolution. Un mythe durable a presque toujours été utile à quelqu’un.

Pour approfondir la méthode, voyez notre guide comment étudier l’histoire à travers les biographies.